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Les déserteurs actifs

Débat politique et social

Militer dans un parti ? Fonder un nouveau parti ?

Publié le 11 Octobre 2016 par Les déserteurs actifs in Nos textes

Militer dans un parti ? Fonder un nouveau parti ?

L’indignation devant l’imposture de la démocratie dite représentative est un sentiment aujourd’hui assez largement partagé, et beaucoup pensent qu’on pourrait y remédier en intervenant plus activement dans la vie publique qu’en déposant un bulletin dans l’urne une fois tous les cinq ans – en militant dans un parti, par exemple, ou, pourquoi pas, en participant à la création d’un nouveau parti.

C’est là, à notre avis, une illusion : l’institution du parti politique est un rouage essentiel du mécanisme de la démocratie représentative. Il est à la fois une machine à transformer les aspirations et les revendications de la population en « programmes » parfaitement compatibles avec le système de domination et d’exploitation de la société capitaliste et un organe de sélection et de formation – et formatage – du personnel de gouvernement. De plus, il fonctionne exactement selon les mêmes mécanismes que la démocratie représentative : élection par la base, sur une plateforme programmatique très générale, de représentants, qui en éliront d’autres, etc., jusqu’à la sélection des candidats aux postes de « responsabilité », tandis qu’au fil de ce processus, le programme lui aussi se fera de plus en plus « réaliste », c’est-à-dire compatible avec la société de classe.

Historiquement, au cours de la seconde moitié du XIXème siècle, le parti, le parti moderne, « de masse», a joué un double rôle. D’une part, il a été le canal à travers lequel s’est exprimée, au nom des masses populaires et particulièrement de la classe ouvrière en pleine expansion, la revendication du suffrage universel, ce puissant levier qui permettrait, croyait-on, la réforme de la société, voire, selon certains, la révolution.

D’autre part, ce même parti de masse s’est révélé l’instrument qui aura désamorcé la menace que représentait, du moins aux yeux des classes dirigeantes, ce même suffrage universel, qui n’avait jusque là été instauré que par des pouvoirs révolutionnaires. Menace supposée qui explique que dans de nombreux pays il n’ait été octroyé que par étapes, et le plus souvent aux seuls électeurs mâles.

En effet, la structure et le fonctionnement du parti, tels que décrits succinctement plus haut, permettaient, à la fois, de donner une expression, un exutoire, aux aspirations les plus subversives des masses populaires, et en particulier, ouvrières, et, par une espèce d’alchimie interne, de les transformer en revendications compatibles avec l’essence de la société capitaliste, même si elles se traduisaient par des améliorations réelles des conditions d’existence du peuple. Tel aura été le rôle, c’est bien connu, de la social-démocratie dans la seconde moitié du XIXème siècle et dans la première moitié du XXème.

Aujourd’hui, ce n’est même plus le cas. Aucun des partis en mesure d’exercer un jour le pouvoir n’a le moindre programme sérieux - et moins encore crédible - de réformes, »progressistes ». Le désamorçage revient aux petits partis « contestataires » qui brandissent un catalogue de doléances populaires et de projets de réforme qu’ils ne réaliseront jamais. Mais le fait même de courir après des voix les voue à la démagogie, et aux pitreries médiatiques et qui sont la négation du principe de la décision prise après débat raisonné. Ils ne peuvent obtenir que des électeurs passifs, et non des gens prêts à prendre leur sort en main. Du reste, de par leur structure et leur fonctionnement calqués sur ceux du système dit représentatif fait pour maintenir la société telle qu’elle est, ils ne pourraient mettre en œuvre leur programme qu’en le vidant de tout potentiel subversif, et ou même réellement réformateur.

Quant aux prétendues solutions miracle que seraient une VIème République, une réforme de la Constitution, une Assemblée Constituante…, elles ne remettent nullement en cause l’escroquerie de la « représentation », c’est-à-dire le soubassement politique, en Occident du moins, du système capitaliste.

Si l’on veut aujourd’hui être politiquement actif, il est clair qu’il ne faut ni voter ni simplement s’abstenir, mais s’unir et s’organiser. Et depuis un siècle et demi et plus, le mouvement ouvrier révolutionnaire s’est donné d’autre formes d’expression et d’organisation que ceux du parti parlementariste. Il a certes accouché du parti totalitaire, dictatorial et militarisé, stalinien. Mais il a aussi inventé, ou réinventé, la démocratie véritable, où ce sont les assemblées de base qui formulent la critique de la société du point de vue des exploités et des opprimés, qui élaborent un programme, qui élisent des délégués – et non des « représentants » - c’est-à-dire des individus chargés de transmettre fidèlement le message de la base et de lui rendre compte des débats qu’ils ont eus avec d’autres délégués et éventuellement des décisions prises - et s’ils ont outrepassé leur mission ou pris des décisions que la base ne ratifie pas, elle peut les révoquer. 

Dans tout mouvement social profond, ces modes d’organisation et de fonctionnement ressurgissent, de façon au moins embryonnaire. Aujourd’hui, surtout si le mouvement social se réveille, c’est dans cette voie qu’il faudra s’engager pour donner un prolongement « actif » au boycott des élections. Mais, évidemment, comme disait, je crois, le camarade Platon : « être libre ou se reposer, il faut choisir. »