Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les déserteurs actifs

Débat politique et social

Retour sur mai 2002 : Un regard sur la société française

Publié le 21 Mars 2017 par G. Soriano in Autres réflexions

Retour sur mai 2002  : Un regard sur la société française

Quinze ans déjà !! coucou, nous y revoilà… (ou pas ?)

Ce texte, écrit à l’origine pour informer des camarades étrangers de la situation française de l’époque, reste utile pour tous ceux qui l’auraient oubliée, ou étaient trop jeunes pour l’avoir vécue.

Dans la nuit du 21 avril [2002], les journalistes qui donnent les premiers résultats de la présidentielle et la tendance du vote à ce moment-là tombent des nues : au lieu du résultat prévu, qui donnait pour vainqueurs Jospin et Chirac, c’est le sinistre Le Pen qui est annoncé présent au second tour, en dépit d’une campagne plutôt discrète. L’inversion de ce que prédisaient les sondages quelques jours encore avant le scrutin et l’échec patent de la politique des socialistes sont à l’origine du traumatisme qui va secouer le pays.

Entre les deux tours, les manifestations antifascistes se multiplient. Le point culminant est atteint le 1er mai, avec deux millions de personnes dans les rues. Mais "manifester ne suffit pas, il faut voter" et, bien entendu, la grande majorité de ces antifascistes – qui ne cessent d’agiter le spectre de l’Allemagne de 1933 – invitent à voter pour l’"escroc" contre le "facho", en se bouchant le nez et en mettant des gants. Tous en appellent à la défense des valeurs de la République pendant que quelques politiciens et journalistes parlent de la "honte d’être français", surtout après avoir donné des leçons de démocratie à toute l’Europe après l’arrivée au pouvoir de Berlusconi et Fini en Italie et d’Haider en Autiche. La pression sur les récalcitrants atteint des niveaux insupportables. Même quelques anarchistes appellent à voter Chirac.

Dans la nuit du 5 mai, Chirac rafle la mise avec un confortable 82,21 % des voix et une abstention qui tombe à 20,29 % (et un peu plus de 1,7 million de votes blancs ou nuls, soit 5,39 %).

………………………

Une conclusion provisoire

La prise de distance à l'égard de la politique et des formes dominantes de régulation auquel on assiste actuellement est certes douloureuse mais probablement nécessaire si l'on veut voir renaître une culture du conflit et réapparaître les luttes autonomes de la “classe la plus pauvre et la plus nombreuse”. Sans cette prise de distance, on ne peut espérer reconstruire les conditions qui permettent de penser une société différente, d’où serait bannie l’exploitation de l’homme par l’homme. Le chemin, on le sait, est plein d'embûches et les obstacles ne manquent pas, mais le changement est inhérent au capitalisme, c’est d'ailleurs là sa plus grande force. Il dépend de nous d’essayer de comprendre dans quel sens celui-ci évolue, d’influer sur le sens de ce changement sans perdre de vue la relation existant entre les luttes d’aujourd’hui et la société qu’elles peuvent préfigurer.

Ce qui compte, à nos yeux, c'est d’agir sur les causes profondes de l’actuelle crise de confiance : le retour des luttes sociales de ces dernières années est sans doute encourageant, mais encore trop timide : les luttes restent fragmentaires et isolées, et pourtant elles trouvent un écho favorable au sein de la société. Les syndicats institutionnels ne peuvent plus y faire obstacle : pour les contrôler, ils sont obligés souvent de les seconder. Avec la fin de « l’Empire du Mal », l’hypothèque que le léninisme avait fait peser pendant soixante-dix ans sur les luttes sociales semble se dissiper, bien que cela engendre d’autres problèmes. Si la situation sociale reste fluide et en mouvement, le contexte politique pourrait s’avérer un accélérateur imprévisible et nous réserver quelques surprises.

G. Soriano

http://vivelasociale.org/revue-la-question-sociale/html/points%20de%20vue/PDV_retoursurmai2002.htm