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Les déserteurs actifs

Débat politique et social

Crise écologique et urgence démocratique

Publié le 15 Décembre 2016 par Les déserteurs actifs in Nos textes

Crise écologique et urgence démocratique

Occupation de la tribu Standing Rock contre le pipeline Dakota

Crise écologique et urgence démocratique

Le problème écologique est un problème social[1]. C’est un problème posé par la domination : aujourd’hui, c’est plus clair que jamais. Et il est plus clair aussi que se trouve posé en termes cruciaux, vitaux, le problème de la démocratie. Seule une société d’individus égaux en droits et en condition réelle, et donc également responsables, peut faire face à une crise écologique à la fois planétaire et infiniment diversifiée dans ses manifestations – aussi diversifiée que le sont les habitats humains. Si ce n’est pas en soi la solution, c’est en tout cas la condition pour que soient recherchées et éventuellement trouvées et mises en œuvre l’infinité des solutions que requiert une crise écologique infiniment variée.

Ni les régimes dits démocratiques, ni les régimes autoritaires ne se sont souciés de contenir les crises écologiques dans des limites telles qu’une attitude et une pratique éclairées de « jardiniers de la nature » eut pu y remédier. Partout ont prévalu et prévalent plus que jamais les exigences totalitaires de la domination capitaliste sur les hommes comme sur la nature.

Il en résulte qu’aujourd’hui, l’humanité entière est confrontée à une crise écologique à la fois globale – elle affecte virtuellement tout ce qui concerne la vie – et planétaire – aucune région du globe n’y échappe. Ce serait un euphémisme dérisoire de continuer à dire que ce qui est atteint c’est notre « environnement ». S’agit-il encore d’« environnement » quand c’est la fertilité des terres de la planète entière qui est compromise ? Quand c’est l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, nombre de nos aliments qui sont empoisonnés ? Etc. Ce n’est plus l’« environnement », c’est nous-mêmes qui sommes atteints. Il ne s’agit plus de nous montrer raisonnables et d’adopter une attitude respectueuse envers la « nature ». Il s’agit de nous-mêmes, de la qualité de nos vies, voire de notre survie. C’est notre responsabilité, c’est à nous de prendre notre sort en main.

Les solutions que l’on nous propose actuellement varient du dérisoire à l’odieux. Dérisoires, ces ayatollahs du marché qui osent encore affirmer que le marché va résoudre le problème du réchauffement planétaire : les entreprises vont inventer de nouvelles solutions technologiques censées nous sauver – mais qui ne sauveront que leurs profits – avec la même insouciance quant aux effets inattendus, ce qui nous promet de nouvelles catastrophes.

Les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre, solennellement pris lors des grand’ messes internationales comme celle de Paris, sont enterrés ou violés dès que le tintamarre de la com est retombé.

Autre réponse qui combine le dérisoire à l’odieux : certains, se prenant pour les dépositaires de la conscience de l’humanité, préconisent une espèce de dictature désintéressée, éclairée par la science. On se demande sur quelles « épaules de géant » ces héros devraient se jucher pour imposer le « désintéressement » aux puissances capitalistes qui dominent le monde. Pour ne rien dire de la vie qui nous serait faite, à nous les dominés, contraints par la force à la vertu écologique. Et donc irresponsables… ce qui rendrait illusoire la rationalité même de l’entreprise.

Car la crise écologique, si on peut la synthétiser dans des données statistiques à l’échelle planétaire, c’est, répétons-le, au niveau local et sous des formes particulières qu’elle affecte les collectivités humaines. Ce qui ne veut pas dire que cette crise puisse être résolue par une myriade de bricolages locaux : des décisions massives, affectant la planète entière sont inéluctables – par exemple l’abandon des sources d’énergie désastreuses – charbon, pétrole, etc. ou nucléaire. Mais de telles mesures ne seront prises et effectivement appliquées que si les collectivités humaines créent les conditions d’une responsabilité universelle et égalitaire de leurs membres, seuls capables de prendre en charge cette crise à la fois massive et multiforme et d’y porter remède. La démocratie représentative est radicalement incompatible avec cette exigence.

En revanche, nous voyons dès aujourd’hui s’esquisser des linéaments d’une pratique de la démocratie directe et égalitaire dans les luttes suscitées localement par des menaces d’ordre écologique, telles que celles rapportées par Naomi Klein dans Tout peut changer, ou, plus près de nous, à Notre-Dame-des-Landes. Dans tous ces cas, la prise en charge de la lutte par les gens du pays se traduit par la diffusion d’une connaissance concrète de la situation ; le fait que la participation soit volontaire implique une certaine égalité dans les prises de décision comme dans la lutte pratique et un sens partagé de la responsabilité ; enfin, l’action, l’action directe, est en général étroitement ajustée et même organiquement intégrée au but poursuivi.

C’est dans le contexte de telles luttes, et de celles qui ne manqueront pas de surgir à l’avenir, que l’exigence d’une démocratie égalitaire et réelle peut, dès maintenant, trouver son terrain de diffusion le plus concret. Et rejoindre l’exigence de maîtrise directe par nous tous de la vie sociale...

Les déserteurs actifs

[1] Comme n’a cessé de l’affirmer et de le démontrer, tout au long de sa vie de théoricien et de militant, Murray Bookchin.